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Ce pluriel m'enchante. Il va fort loin, car il nous engage à méditer.
Ce que devine un grand Artiste, Dieu l'a conçu. Ce qu'il invente, Dieu l'a voulu.
En effet, il n'est jamais, en toute entité géographique, ou « politique », qu'une seule nation, ou qu'une seule voix.
Les « Patries », comme les Arts, ou les artistes, ne sont que l'assemblage des diversités – voire des contradictions – qui en font la richesse, et les paradoxes. « Le paradoxe, disait Oscar Wilde, ce mot qu'on sort en société, pour désigner la Vérité ».

L. de Marliave - Rome- Piazza Navone
L'Art est à dix mille lieues de la pureté. Morand (qui célébra si bien, au prétexte de chanter sa vie au travers de Venise, le reste de l'Italie, qui fut aussi bien celle de Winckelmann, de Goethe, de Liszt, de Stendhal, de d'Annunzio, etc...), eut ce mot charmant et très véridique : « L'oisiveté est la mère de tous les vices, - autant dire, de tous les arts ».
Est-ce, pour autant, prétendre que l'Art ne fût pas une morale?
L'acte de peindre, l'acte de créer en son essence-même, est une sorte d'acte de probité, - probité, augmentée de tout ce que la personne de l'artiste y engage de sa propre sincérité... qui est parfois le commencement du terrible.
Laurence de Marliave me disait un jour : « Je ne sait pas si je suis un grand peintre. Mais je sais que je fais honnêtement mon métier, et que je m'efforce à y être sincère avec moi-même ».
Phrase qui, comme tous les aveux droitement jaillis, et qui, venant de l'âme, frappent droit au cœur, pourrait être aisément prise à contre-sens par les malveillants.
Nous reviendrons sur cette question, - mais rien ne me semble plus désastreux que la confusion que Diderot aura réussi à nous faire prendre pour Evangile, en confondant la morale de l'œuvre d'art, la probité de l'artiste, et la pseudo «moralité » démonstrative dont il désirait qu'elle fût le sujet de la toile, inclinant le spectateur à préférer les lourdingues, ou mièvres rhétoriques pré-réalistes socialistes de Greuze aux libertés couleur de cuisse de Nymphe émue de Boucher ou aux retroussements de guimpes de Fragonard (qui pourtant – l'inconscient! – peignit le portrait de ce honteux érotomane privé, qui jouait en public les pères la pudeur Encyclopédistes).
Passons... Là n'est pas notre sujet, pour ce qui regarde cet article.
Comme les courtisanes usées, - mais toujours fières, et – ma foi ! – toujours séductrices, malgré les ravages de l’âge et les outrages du temps, l’Italie porte fièrement le poids des siècles qui l’ont faite mieux que belle, - et qui ont déposé à ses pieds, passé à son cou, suspendu à ses épaules, tous les trésors les plus riches qu’on puisse, de mémoire d’homme, dénombrer.
Qu’importe, si parfois, comme la façade de certains de ses palais de Rome, de Florence ou de Venise, elle ressemble (le mot est de G. d’Annunzio, dans son roman Il Fuoco) « à une vieille comtesse fatiguée, ployant sous l’éclat trop lourd de ses parures »… Elle a, comme on dit des beautés célèbres que flétrit, ou déshonore le temps : « de beaux restes »…
Des ruines de Rome aux temples d’Agrigente, et des campaniles de Sienne aux escaliers de la Trinité des Monts, ses opimes dépouilles valent bien les vingt ans, (ou plutôt : les deux ou trois siècles de « carrière ») d’autres pays qui n’ont que leur pauvre et juvénile nudité à offrir.

L. de Marliave - Tours de Toscane
Italie, toujours jeune, et de même la mer Méditerranée que Valéry voyait étinceler entre les tombeaux du cimetière marin, toujours « recommencée »… Elle est cette limpide et intarissable source d’eau claire et de lumière sans tache, à laquelle est venue s’abreuver Laurence de Marliave, - source qui pourrait porter, comme certaine fontaine qu’elle me raconta avoir vue sur la grand place d’une de ces petites villes de Toscane, dont chacune est à soi seule un inestimable joyau, la devise : « Ars Fons Vitae » , l’Art est la Fontaine (ou mieux encore- le mot latin possède les deux sens - : la Source) de la Vie.
Bien que Rousseau (Jean-Jacques) se soit efforcé de la caresser dans le sens du poil, elle est demeurée fort mauvaise paysagiste, et, quand on la laisse faire toute seule, elle manque en général d’un sens cruel de l’harmonie, des proportions et de la composition d’ensemble.
En ce sens, sa vision de Venise, hivernale et noyée d'une gamme de gris comme on n'en vit guère, depuis Whistler et Romaine Brooks, me touche, - comme si ces gondoles qu'elle profile d'un trait d'épure noire, au premier plan de la toile, n'étaient plus celles d'un embarquement pour les fluviales Cythèrées des villas de la Brenta, ni les nacelles à barcarolles des casanovismes raffinés de Tiepolo, mais les barques d'un Grand Canal changé en Styx, prêtes à emporter des morts de carnaval, sous le masque et la bauta desquels, soudain, l'on découvrirait les crânes d'une fête changée en Office des Ténèbres, et les squelettes d'une volupté tombée en poussière.
Doit-on refuser de relever ce défi, au prétexte que, telle un dépliant touristique, l’Italie aurait traîné dans toutes les mains, et que trop de doigts gras ou irrespectueux auraient écorné ses « clichés » et souillé l’éclat de sa lumière ?
Ecouter l'entretien de P-E Prouvost d'Agostino et L. de Marliave sur L.101 :
http://lumiere101.com/2008/08/06/laurence-de-marliave-peinture-et-pedagogie-des-beaux-arts/


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