Annonce

Derniers commentaires

Aucun commentaire.

rss Syndication

Déc092008

01:08:42
Les Bronzes de la Collection des Princes de Liechtenstein à la Galerie Kugel

 


 

 

Il est rare que le génie d'un lieu ne soit pas malmené par les outrages du temps, ni dévalorisé par la médiocrité de l'époque.

Ce miracle, pourtant, existe, - à Paris, où l'hôtel Collot, dernier fleuron, poussé au début du règne de Louis-Philippe, du néo-classicisme architectural tel qu'il s'était raffiné et perpétué, depuis la fin du règne de Louis XV jusqu'à celui de Charles X, a été, après maintes vicissitudes (dont de très officielles affectations, puisqu'il fut un temps l'Ambassade d'Espagne), racheté, - et restauré dans l'état de sa plus belle splendeur, par Nicolas et Alexis Kugel, afin d'y présenter leurs collections d'antiquaires.

 

 

L'Hôtel Collot


L'hôtel Collot est l'œuvre de l'architecte Louis Visconti, - le même qui a laissé son nom à l'une des plus secrètes et étranges rues de Paris, sise en plein VIème arrondissement, et dont les initiés seuls connaissent les mystères historiques et littéraires (disons, pour n'en dévoiler qu'un tout petit pan, que c'est dans cette rue-même que Balzac fit définitivement faillite avec son entreprise d'imprimerie, - et contracta, suite à ce fiasco financier, une grande part des dettes astronomiques qui le pousseront, jusqu'à la mort précoce d'épuisement, à composer sans relâche et comme un bourreau des Lettres, ce chef d'œuvre qu'est la Comédie Humaine...)


Je dois redire ma joie, de voir un lieu exceptionnel, comme l'hôtel Collot, tombé entre les mains de deux hommes de goût comme Alexis et Nicolas Kugel... Dont le goût, d'ailleurs, reflète la définition que donnait Brummel de la véritable élégance : « tellement parfaite, qu'elle a le tact de ne pas se faire remarquer ».


En effet, on ne saurait trop se réjouir de voir l'initiative privée (quand elle relève de ce vrai désir, proprement affectif, de faire revivre un lieu), prendre le pas sur les abominables lenteurs, ou les remarquables erreurs (voire les fautes sans rémission) qui ont cours, lorsque le Ministère jette (avec paraît-il les meilleures intentions du monde) son dévolu sur un bâtiment d'exception.


D'ordinaire, il suffit que l'Etat décrète la protection d'une demeure, ou d'un fleuron du patrimoine, pour que cette attention administrative, cet « esprit de sauvegarde » comme on dit ne soit, au bout du compte (et à plus ou moins lente échéance), que l'affirmation d'un monopole de la ruine.


On connaît trop d'exemples de « lieux protégés », qui ne le sont que sur le papier, - et dont le classement à l'inventaire régulier ou supplémentaire signifie la condamnation à la lente et méticuleuse décrépitude... A quand, d'ailleurs, les inventaires sous-sous-supplémentaires, qui seraient ma foi, tout à fait dans le ton de l'époque Soviétique, - quand, au prétexte de redorer périodiquement à grand frais les curiosités touristiques les plus rentables, on laissait, à deux pas de là, pourrir sur pied des monuments non moins dignes d'intérêt?...


Pour exemple (et puisque les frères Kugel sont l'illustration de la grande culture des arts en Russie, depuis que, sous Catherine II, le fondateur de la dynastie s'avisa de collectionner les pièces d'horlogerie), je pourrais citer, ayant hélas pu constater le désastre de mes propres yeux, combien, dans les années 80, et même encore dans les années 90, il était poignant de voir les fournées de touristes ébahis déversés par leurs autocars à Petergof, ou à Tsarskoié-Selo, tandis qu'à deux pas de ces palais redorés à l'usage des foules et des devises étrangères, des domaines non poins prestigieux pourissaient sur pied, - tels Gatchina, cher à Alexandre III, ou le Palais Alexandre, dernière résidence de Nicolas II, avec ses merveilleux intérieurs art-nouveau, - et alors que tombaient en décrépitude de grandes parties, négligées par les soins des apparatchiks de la « culture », des domaines de Pavlovsk, Oranienbaum... et même, du « grand parc » de ce même Pertergof...

Quant au patrimoine architectural de Saint Pétersbourg, il serait navrant de dénombrer le nombre de demeures privées (hôtels particuliers ou immeubles de rapport) qui, à côté des splendeurs du Palais d'Hiver ou de l'Ermitage, perdaient un peu plus, chaque année, de leur lustre sous les outrages du temps et des hivers...


De façon moins visible, - plus insidieuse, mais non moins irréparable – Paris aussi a été vandalisé. Très officiellement, d'ailleurs, la plupart du temps... Et, non loin du Louvre, qui attire les touristes comme les mouches, nombre de fleurons du patrimoine « privé » du XIXème (et parfois même du XVIIIème siècle) ont disparu, - quand ils n'ont pas eu la chance d'être sauvés de justesse...


On pouvait craindre le pire, pour l'hôtel Collot, car il se trouve construit dans un périmètre où l'Etat a l'habitude de faire ses petites affaires, en rachetant des tranches entières de patrimoine immobilier ancien, pour mieux y pratiquer un honteux façadisme (dernière expression en date du vandalisme patenté), et installer ses administrations, dans la coquille évidée des anciens hôtels, ou immeubles du VIIème arrondissement, autrefois appelé le « Noble Faubourg »...


Pour en revenir à l'œuvre remarquable accomplie par les Frères Kugel à l'hôtel Collot, ajoutons (c'est chose d'importance) que, dans le cadre du « rafraîchissement » des intérieurs du bâtiment, les propriétaires ont su faire appel à une équipe de techniciens et d'hommes de l'Art, à qui il convient de distribuer les éloges qu'ils méritent.

En particulier, mention spéciale au remarquable travail effectué par l'architecte Laurent Bourgois et surtout, par le décorateur Franz-Josef Graf, qui ont su, main dans la main, faire renaître un lieu et raviver ses prestiges sans en dénaturer l'esprit, ni la lettre...


Les volumes intérieurs et les boiseries de l'étage noble de l'hôtel Collot, - merveilles de néo-classicisme sobre et opulent, avec leurs délicates peintures et arabesques dans le style pompéien, auraient pu tenter de bien indiscrètes et abusives initiatives, - et félicitons-nous que cet ensemble remarquable ne soit pas tombé entre les mains d'un de ces décorateurs, tellement imbus de ce qu'ils croient leur « personnalité », qu'ils finissent par imposer leur style (loin d'être toujours du meilleur goût), au lieu d'honorer celui qu'on leur avait juste demandé de ré-interpréter, ou simplement, de remettre en valeur.

Il n'était que trop tentant de transformer l'Hôtel Collot en sorte de lounge-bar chic pour cocotteries passementées, - et, au prétexte du prestige du lieu (avec, de ses fenêtres - juste au dessus de l'endroit où sombra la regretté piscine Deligny -, l'une des plus belles vues qui soient, sur l'extrémité de la Terrasse du bord de l'Eau, les Tuileries, la place de la Concorde avec sa prestigieuse toile de fond à colonnades signée de Jacques-Ange Gabriel...), de faire dans le chichiteux pastiche des styles anciens...


Ce n'est pas le cas, Dieu merci! Et l'élégance retrouvée de l'écrin est digne des objets remarquables qui constituent les collections d'antiquités des frères Kugel, autant que des prestigieuses expositions publiques de pièces rares qu'ils y proposent régulièrement.


Ainsi, de Septembre à ces derniers jours, Alexis et Nicolas Kugel, avaient organisé une présentation de l'exceptionnelle collection des Bronzes du Prince de Liechtenstein : illustration de ce que pouvait être, dans l'Europe humaniste du XVIème siècle, les goûts d'un mécène et collectionneur richissime, dans la Prague de Rodolphe II.


Les collections (quand elles ne relèvent pas d'une étrange monomanie pour la boîte de camembert, l'épingle à nourrice, ou le bouton de bottine ; - toutes choses qu'aurait pu recenser l'excellent Krafft-Ebing, au titre de symptôme de perversion, dans son indispensable Psychopatia Sexualis qui fit jaunir d'envie le jeune Freud, pas encore devenu Docteur-ès-hystéries viennoises) sont le reflet de l'âme la plus profonde et du désir le plus secret de leur auteur.

On peut lire aussi clairement le désir, le goût et le bon plaisir du Prince qui les rassemble dans chacune des pièces d'exception qui les constitue, qu'on peut démasquer Don Giovanni à travers l'énumération de l'air du Catalogue, dans l'opéra de Mozart.

Que Don Giovanni, justement, ait été créé à Prague, nous ramène aux Lietchentstein, à cette ville qu'on a dit « dorée », - et qui est peut-être le vrai coeur de l'Europe : là où viennent s'épouser la langueur slave, les fastes opulents de la Contre-Réforme Jésuite, les flamboyantes et funèbres neurasthénies espagnoles, mêlées, dans le sang des Habsbourg, aux grâces indolentes de la culture viennoise, jadis ainsi définie par Grillparzer : « cette façon exquise et parfaite d'organiser le superflu ».


C'est justement en cet tournant des XVIème et XVIIème siècles qu'illustre la collection des Bonzes de la famille des Princes de Liechtenstein, que Rodolphe II (le seul de sa lignée, à ma connaissance) conçut (au grand dam des viennois!) l'idée de faire de Prague la capitale de l'Empire Habsbourg, - et caressa le projet de se faire proclamer roi de Bohème, - rêvant d'ajouter ce titre à celui d'Empereur et de Roi de Hongrie, et d'offrir à l'Autriche, pour la première fois de son histoire, le concept d'une monarchie tricéphale...


Etrange spécimen d'Empereur, que Rodolphe II : humaniste, mélange de monarque fastueux et d'âme inquiète, - digne descendant de Jeanne la Folle et de l'enterré vivant de Yuste, Charles Quint, - commanditaire des grotesques et inquiétants rébus picturaux d'Arcimboldo, et protecteur des Juifs de Bohême, - parmi lesquels il eut soin de recruter les plus grands érudits et les meilleurs Kabbalistes du temps, afin de poursuivre, dans les caves du Hradschin, sa quête acharnée de connaissance occulte et de réussite dans le Grand Œuvre Alchimique... 

 


Giuseppe Arcimboldo - Portrait de Rodolphe II en Vertumne

 

 

Dans le sillage de ce mélancolique couronné, dont maintes extravagances, en matière de penchants esthétiques et de fastes misanthropes, préfigurent celles de Louis II de Bavière, Prague et la Bohème connurent l'une de ses plus brillantes vagues d'embellissement artistique.

Il est certain que le fastueux mécénat de l'Empereur conduisit les Princes (dont les puissants et richissimes Liechtenstein) à l'imiter, et à désirer, eux aussi, se mettre au goût maniériste du jour.


Au Hradschin, Rodolphe II donna le ton à toute la noblesse d'Europe Centrale, en faisant construire tout un complexe de pavillons et de jardins, selon la mode italienne de l'époque, telle que celle-ci éclate, en bizarreries monstrueuses ou raffinées, en caprices d'architecture mêlant l'effroi et le plaisir, l'érotisme et la mythologie, le beau et le difforme, - telle qu'on en peut voir des exemples dans le parc du Palazzo Pitti de Florence, dans la villa et le casino Farnèse de Caprarola, ou encore, telle qu'elle régnait dans le domaine malheureusement détruit de Pratolino, sorte de pré-Versailles toscan construit (plutôt : machiné comme un gigantesque décor de fable, ou d'opéra) par Buontalenti, sur l'ordre de François Ier de Médicis, pour lui et pour sa belle maîtresse d'origine vénitienne Bianca Cappello.

Ces constructions dévolues au seul « bon plaisir » du monarque étaient une luxueuse solitude, où Rodolphe avait rassemblé tout ce que ses collections contenaient d'exceptionnel et de plus précieux, tant par le prix, la perfection, la beauté, que, parfois, par la dispendieuse extravagance : les antiques y voisinaient avec les plus riches joyaux, sertis dans d'étranges montures, mais aussi, avec les cornes de rhinocéros montées en hanaps, les plaques géantes d'onyx présentées comme des ostensoirs d'église, les ganglions d'améthystes intaillés de mythologies licencieuses, les coquillages contournés changés en ciboires, les meubles en bois rares, les cabinets à secrets à panneaux de marqueterie de pierres dures, les défenses de narval baptisées « corne de licornes » travaillés comme l'ivoire en fantastiques spirales incrustées de joyaux, ou en extravagantes floraisons d'arabesques...


C'est une manie bien typiquement allemande (et qui, en tant que telle, contamina, comme tant d'autres excellentes choses de l'Empire des Tsars Romanoff, le goût des mécènes et Princes Russes), que cette prédilection pour le « cabinet de curiosités »...

La fameuse « chambre d'ambre » de Catherine II, récemment restaurée, fut l'aboutissement, dans l'Europe rococo, de cette manie renaissante, puis surtout baroque, dont le modèle reste le Studiolo aménagé à la fin du XVIème siècle pour le Grand Duc François Ier de Médicis (toujours lui!) au Palazzo Vecchio de Florence, - chambre précieuse et secrète comme un coffre au trésor, où, déjà, les préoccupations occultistes et alchimistes du commanditaire étaient traitées à travers de somptueuses et élégantes mythologies, et déclinées par les meilleurs peintres, orfèvres et décorateurs de l'époque, dans une héraldique symbolique et maniériste flirtant avec l'étrange et le fantastique...


Le hall néo-classique de l'hôtel Collot se prêtait parfaitement à cette présentation, - quelques pièces rares (entre autres, un exemplaire ciselé avec une exquise grâce de la « Venus accroupie » de Giambologna : chef d'œuvre de cet autre grand maniériste florentin qu'il serait temps de considérer comme l'égal de Cellini) avaient même le privilège d'être exposées à part, dans de petites pièces attenantes, ce qui renforçait cet esprit d'intimité et de rareté qui était celui des collections d'amateurs dans l'Europe des XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles.

 

 

Giambologna - Vénus accroupie, ou Vénus au bain


De même l'éclairage aussi discret que tamisé renforçait cette atmosphère de proximité avec les œuvres, qui semblaient ainsi à portée de main du public, et paraissaient prêtes, entre elles, à de subtils et enrichissants dialogues ; - ici, la ligne de la célèbre Vénus Médicis, le déhanchement canaille du Faune dansant (modèle maintes fois décliné du XVIème au XIXème siècle, d'après l'antique) encadraient (prolongeaient) les pompes de la statue équestre de Ferdinando Ier de Médicis (celui-là même qui, pour la mieux clore avec la construction de la villa Ferdinanda d'Artimino, chef d'œuvre architectural du grand maniériste Bernardo Buontalenti, commanda la fameuse série des vues de « villas médicéennes » à Georges Utens), là, la réplique du buste d'Hadrien semblait sonder du regard, afin peut-être d'y rechercher quelque souvenir lointain des trains d'Antinoüs? - le très exceptionnel (je dirais même : unique en son genre) buste d'adolescent, réalisé vers 1520 pour la cour des Gonzague de Mantoue par Alari Bonascoli – justement surnommé « L'Antico ») dans le style de la première Renaissance...


Arrêtons-nous un instant sur ce buste, (dont voici la reproduction, tirée du catalogue) :

 

 

 

Et constatons, dans cette pièce rare, à mettre aux côtés des plus beaux Verrocchio, ou des Donatello du Museo del Bargello de Florence, combien on se trouve ici devant la quintessence de cette « première renaissance », qui n'abandonne pas encore tout à fait le décalque érudit (mais non servile) du modèle et des canons antiques, tout juste retrouvés, et ré-utilisés, ni ne se dégage encore du plissé rigide des drapés « gothiques », - mais éclate comme une fleur d'humanisme, rayonnant et pourtant, déjà mélancolique, comme quelque peu désabusée du Savoir dont elle retrouve les clés, et dont elle pressent qu'elle devra assumer le terrible poids d'intelligence et de connaissance...


Ainsi des peintures (contemporaines de ce buste de l'Antico) de Botticelli, où la grâce impudente et païenne des chairs, écloses hors des rigides draperies, comme résurgie, ou ressuscitée du linceul, semble pourtant ombrée par la certitude que l'Âge d'Or est derrière nous, et que les plus belles fêtes de l'Antiquité retrouvée ne résisteront pas au vanitas vanitatum qui est l'inévitable goût de cendre dans le miel de l'Occident, depuis la Révélation de la Vérité Christique.

Nous n'arrivons que difficilement à détacher les yeux de ce regard de bronze, - en songeant que peut-être, pour citer Renan, et paraphraser ce qu'a entrevu Baudelaire, s'il se peut que « la Vérité soit triste », peut-être se peut-il que la Beauté le soit aussi, et bien davantage encore...


Finissons avec deux des bronzes à mon avis les plus remarquables que cette exposition nous donnait la chance de voir de près : l'Apollon et le Mercure du sculpteur et orfèvre d'origine Bruxelloise François Duquesnoy. 

 

François Duquesnoy - Mercure


Les Duquesnoy sont une de ces dynasties d'artistes (comme les Brueghel), chevauchant les XVIème et XVIIème siècle ; - dynasties dans lesquelles le talent (et parfois le génie) se perpétuaient comme une raison sociale ou un titre nobiliaire. Rappelons, pour l'anecdote, que tout le monde devrait connaître le nom des Duquesnoy sculpteurs, - puisque le père et fondateur de la lignée, Jérôme Duquesnoy (dit : l'Ancien) est l'auteur de la fameuse statue de ce marmouset exhibitionniste qui fait la joie des touristes, et que les Belges ont nommée le Manneken-Pis.

François Duquesnoy, derrière le masque de son talent, demeure, dans le fond secret de son tempérament, une personnalité aussi ardente que tourmentée que ne le fut celle (bien plus tragique) de son frère Jérôme (sculpteur, lui aussi)... Jérôme Duquesnoy, dont le destin mériterait, qu'après l'excellent écrivain belge Georges Eeckhoud (qui lui consacra une étude vers 1905), un historien de l'Art doublé d'un romancier ne se penche sur lui, et ne nous donne un récit de ce que fut son existence pleine de bruit, de sang et de fureur, aussi grandiose, exaltée, ecartelée que, quant à son dénouement : navrante, horrible et lamentable.

Les frères Duquesnoy furent, chacun à sa manière, les Caravage de la sculpture, - hantés par les mêmes démons, et brûlés par les mêmes passions que le peintre des clairs-obscurs et des saintes extases de la chair gueuse.

François mourut prématurément, rongé de mélancolie, bien que considéré, à Rome, où il vivait et travaillait, comme le rival du Bernin.

Quant à Jérôme, il eut moins de chance que le turbulent protégé des Papes et des Cardinaux, puisque son succès comme statuaire et ciseleur auprès des plus exigeants et prestigieux commanditaires d'Europe ne l'empêcha pas de finir pendu, puis brûlé en place publique à Gand.

 



François Duquesnoy - Apollon

La grâce mélancolique, inquiète jusqu'au trouble, et quelque peu alanguie des deux bronzes de Duquesnoy que nous avons l'insigne privilège de voir, grâce à cette exposition, frappe immédiatement, - et distingue entre toutes son œuvre très personnelle, - qui demeure originale, et très individuelle, même parmi les excès de raffinement propres à l'Art des sculpteurs baroques de son temps, - Art qui flirte parfois avec une réelle morbidezza de fin de siècle (après tout, c'est le maniérisme de la fin du XVIème qui se prolonge, en prenant de l'emphase et de l'éloquence, jusque dans les années 1650 : le XIXème n'aura pas eu, seul, le privilège de sa floraison d'inquiétude esthétique et de sortilèges plastiques)...


Comme quoi, il suffit d'un lieu unique (dont le prestige se suffit à soi-même), d'une réunion de pièces exceptionnelles, et d'un grand talent pour mettre en valeur les belles choses (autrement dit, d'un vrai amour de celles-ci), pour que le miracle opère, et que l'intelligence y trouve son compte, aussi bien que la sensibilité.


Les frères Kugel savent mettre en scène la beauté avec naturel, - sans la dénaturer. Ils ne prennent pas de pincettes avec ce qui brûle, ni de gants avec ce qui illumine, - contrairement à la manière souvent artificielle, compassée de beaucoup d'Antiquaires et de collectionneurs, qui se sentent tellement écrasés par le prestige des chef-d'œuvres qu'ils côtoient, ou auxquels ils se frottent, - chefs d'œuvres auxquels leur habitude reste, au fond, étrangère -, qu'ils ne savent par quel bout les prendre, ni comment s'y prendre avec ceux-ci.


Ici, l'on sent que l'on a affaire à des hommes dont c'est le métier, et la vie, que d'être, très humblement à la hauteur de l'exceptionnel, et qui dialoguent, naturellement, de plain-pied, avec ce qui est au-dessus de la moyenne...


Hôtes des frères Kugel, les Bronzes de la collection Liechtenstein se sont, pour ainsi dire, retrouvés chez eux, dans cet hôtel Collot qui renferme bien d'autres merveilles dont nous aurons, je le pense et l'espère, l'occasion de reparler sur L.101, car il serait criminel de ne pas consacrer une chronique toute entière aux autres collections que rassemble l'infaillible goût de ces deux Antiquaires de grande classe et de rare distinction, dans le lieu exceptionnel qui désormais, à Paris, leur sert d'incomparable écrin.

 

 

Ecouter la version audio de cet article sur Lumière 101 : http://lumiere101.com/2008/12/08/les-bronzes-de-la-collection-du-prince-de-liechtenstein-a-la-galerie-kugel/


Admin · 1283 vues · Laisser un commentaire

Lien permanent vers l'article complet

http://pepagostino.nouveaublog.net/Blog-en-ligne-b1/Les-Bronzes-de-la-Collection-des-Princes-de-Liechtenstein-a-la-Galerie-Kugel-b1-p26845.htm

Commentaires

Cet article n'a pas de Commentaire pour le moment...


Laisser un commentaire

Statut des nouveaux commentaires: En attente





Votre URL sera affichée.

 
Veuillez entrer le code contenu dans les images


Texte du commentaire

Options
   (Sauver le nom, l'email et l'url dans des cookies.)