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Jun122008

10:56:56
L’Opéra en peintures à la Galerie Peirce
 

La Galerie Peirce, 4 rue Quentin-Bauchard, Paris VIIIème, nous a proposé ces deux derniers mois une exposition consacrée au peintre Loïc Madec, - un « moderne » qui est avant tout, au meilleur sens du terme, un artiste vivant, aussi curieux, que polymorphe,  - et, par-dessus tout, un de ces peintres qui a compris que, lorsque la ligne de cœur se noue à la ligne de l’intelligence, il en sortait ce miracle qu’est une œuvre d’art. 



                       


Loïc Madec - Turandot (Puccini)



Le thème et le projet de cette série de peintures de Loïc Madec consistait en une paraphrase, ou une « interprétation » picturale d’un choix d’opéras du répertoire, - allant du plus familier au mélomane (Traviata, Turandot, Butterfly…) au plus rare (et injustement « moins connu »), comme Death in Venice de Britten, ou encore Guercoeur d’Albéric Magnard.


                       


Loïc Madec - Death in Venice (Britten)





Loïc Madec - Guercoeur (Magnard)



Loïc Madec a à la fois enluminé, et illuminé les œuvres lyriques qu’il a choisi d’illustrer (on sait que le double sens, tellement significatif, dans la langue anglaise, d’illumination, - enluminure et illumination -, est celui sur lequel joua Arthur Rimbaud, dans le titre d’un de ses plus fulgurants recueils de poésie).

 

Il va de soi que cette alliance – ou cet alliage, au sens philosophal du terme – de la musique et de la peinture est passionnant à plus d’un titre… et qu’il me touche particulièrement.




  Loïc Madec - St François d'Assise (Messiaen)



En effet, si notre Père Hugo (fertile en sottises, autant qu’en splendeurs d'expression, hélas! perdues dans le magma de l’idéologie la plus suspecte), a « défendu de déposer de la musique le long de ses vers », il conviendrait, trop souvent, de défendre aussi, à certains « artistes » contemporains, de « déposer leurs élucubrations le long de la Musique », pour le pire de « mises en scènes » où l’on vit ("j'en passe, et des meilleurs") Don Juan se commettre au Lavomatic, des lapins blancs sur écran géant servant de « fond visuel » à l'un des plus jeunes d’esprit et pétillants de folie baroque retrouvée des opéras de vieillesse de Rameau, ou Iphigénie, comme dans la chanson « sous les Palétuviers » (immortalisée par la verve de Pauline Carton, mais qui n’a pas grand-chose à voir avec Gluck) se faire prendre sous l’évier (ou le lavabo, si on voit ce que je veux dire…)

 

Mais se pourrait-il que les directeurs de maisons d’Opéra préférassent les élucubrateurs de concept aux artistes sensibles à l’essence des œuvres, que leur travail de scénographie (pour peu qu’on leur demandât de s’y atteler) magnifierait, approfondirait, - à la fois pour le plaisir de l’œil et l’intelligence de l’oreille du public ?


                       


Loïc Madec - Orphée et Eurydice (Gluck)

 


L’actualité de la Galerie Peirce sera, à partir de ce soir Jeudi 12 Juin, le Summer Show, qui proposera aux visiteurs la présentation de sa (très riche) collection d’œuvres picturales, qui couvre tout aussi bien un choix très subtil d’artistes « contemporains » (dont Loïc Madec), qu’un très exigeant florilège de ce que Robert Peirce lui-même appelle les « classiques du XXème siècle» (en particulier, une très exceptionnelle série de dessins de Maximilien Luce, issus du fond conservé par les descendants de l’artiste, et pour la première fois présentés au public et aux acheteurs).



Luce - Personnages sur la route de Montargis



Parmi les "trésors" de la Galerie que l'on pourra découvrir :
 



                       
 
de la Villéon - La véranda


Une très belle vue de Rome par le fils du peintre Henri Martin : avec un jeu de clair-obscur et de matière digne d'un Corot qui aurait connu et assimilé le pointillisme ainsi que le meilleur de la technique expressionniste.




Martin-Ferrières - Vestiges Romains en Italie


Parmi les pièces maîtresses de cette présentation, dans le cadre du Summer Show de la Galerie Peirce, un superbe Manessier, toile de la toute fin de carrière de l'artiste, qui nous prouve que le crépuscule de la vie des grands maîtres est toujours une seconde (et ultime) explosion de lumière, aussi riche de tons qu'un coucher de soleil qui prendrait les couleurs de l'aube.




    Manessier - Lumière d'Avril


Une découverte : Barnabé, artiste peintre italien qui vécut et travailla en France dans la deuxième moitié du XXème siècle. Ses séries de Nonnes sont d'un Philippe de Champaigne visité par la Grâce du Cubisme, et ses natures mortes (comme ici, ce vase de fleurs) possèdent une sévérité architecturale et géométrique tempérée par une subtilité de tons et de lumière où transparaît tout l'humanisme de son regard sur les êtres et les choses, et où éclate son don souverain pour faire chanter les couleurs et les volumes, dans une palette sobre autant que restreinte... Vermeer à Port Royal, en quelque sorte...




    Barnabé - Bouquet de Fleurs



Enfin, dans la ligne des préoccupations illustratives de Loïc Madec (et des passions musicales du propriétaire des lieux) on pourra y admirer, entre autres, deux très rares gouaches de Fernand Léger : une maquette de décor pour David Triomphant (ballet de Rieti représenté à l’Opéra de Paris, dans une chorégraphie de Serge Lifar, en 1937), et celle que nous reproduisons ci-dessous : un costume de singe, pour le « Ballet nègre » la Création du Monde (créé en 1923 par les Ballets Suédois de Rolf de Maré sur une chorégraphie de Jean Börlin, une musique de D. Milhaud et un argument de Blaise Cendrars tiré de la cosmogonie mythique de l’Afrique Noire).

  



Fernand Léger - Le Singe (costume pour La Création du Monde)


Il faut saluer le travail de Galeriste de Robert Peirce, qui, dans un esprit tout à fait conforme à celui qui est le nôtre sur www.lumiere101.com, s'efforce d'allier l’exercice du choix le plus intransigeant à l’exigence dans la défense et illustration de ce qui se fait de meilleur.

Galerie Peirce : www.galeriepeirce.com

écouter l'entretien audio de P-E Prouvost d'Agostino avec Robert Peirce : http://lumiere101.com/2008/06/13/lopera-en-peintures-a-la-galerie-peirce/

Lien permanent vers l'article complet

http://pepagostino.nouveaublog.net/Blog-en-ligne-b1/LOpera-en-peintures-a-la-Galerie-Peirce-b1-p26835.htm

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