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La Galerie Peirce, 4 rue Quentin-Bauchard, Paris VIIIème, nous a proposé ces deux derniers mois une exposition consacrée au peintre Loïc Madec, - un « moderne » qui est avant tout, au meilleur sens du terme, un artiste vivant, aussi curieux, que polymorphe, - et, par-dessus tout, un de ces peintres qui a compris que, lorsque la ligne de cœur se noue à la ligne de l’intelligence, il en sortait ce miracle qu’est une œuvre d’art.
Le thème et le projet de cette série de peintures de Loïc Madec consistait en une paraphrase, ou une « interprétation » picturale d’un choix d’opéras du répertoire, - allant du plus familier au mélomane (Traviata, Turandot, Butterfly…) au plus rare (et injustement « moins connu »), comme Death in Venice de Britten, ou encore Guercoeur d’Albéric Magnard.
Loïc Madec a à la fois enluminé, et illuminé les œuvres lyriques qu’il a choisi d’illustrer (on sait que le double sens, tellement significatif, dans la langue anglaise, d’illumination, - enluminure et illumination -, est celui sur lequel joua Arthur Rimbaud, dans le titre d’un de ses plus fulgurants recueils de poésie).
Il va de soi que cette alliance – ou cet alliage, au sens philosophal du terme – de la musique et de la peinture est passionnant à plus d’un titre… et qu’il me touche particulièrement.
En effet, si notre Père Hugo (fertile en sottises, autant qu’en splendeurs d'expression, hélas! perdues dans le magma de l’idéologie la plus suspecte), a « défendu de déposer de la musique le long de ses vers », il conviendrait, trop souvent, de défendre aussi, à certains « artistes » contemporains, de « déposer leurs élucubrations le long de la Musique », pour le pire de « mises en scènes » où l’on vit ("j'en passe, et des meilleurs") Don Juan se commettre au Lavomatic, des lapins blancs sur écran géant servant de « fond visuel » à l'un des plus jeunes d’esprit et pétillants de folie baroque retrouvée des opéras de vieillesse de Rameau, ou Iphigénie, comme dans la chanson « sous les Palétuviers » (immortalisée par la verve de Pauline Carton, mais qui n’a pas grand-chose à voir avec Gluck) se faire prendre sous l’évier (ou le lavabo, si on voit ce que je veux dire…)
Mais se pourrait-il que les directeurs de maisons d’Opéra préférassent les élucubrateurs de concept aux artistes sensibles à l’essence des œuvres, que leur travail de scénographie (pour peu qu’on leur demandât de s’y atteler) magnifierait, approfondirait, - à la fois pour le plaisir de l’œil et l’intelligence de l’oreille du public ?
Loïc Madec - Orphée et Eurydice (Gluck)
L’actualité de la Galerie Peirce sera, à partir de ce soir Jeudi 12 Juin, le Summer Show, qui proposera aux visiteurs la présentation de sa (très riche) collection d’œuvres picturales, qui couvre tout aussi bien un choix très subtil d’artistes « contemporains » (dont Loïc Madec), qu’un très exigeant florilège de ce que Robert Peirce lui-même appelle les « classiques du XXème siècle» (en particulier, une très exceptionnelle série de dessins de Maximilien Luce, issus du fond conservé par les descendants de l’artiste, et pour la première fois présentés au public et aux acheteurs).
Parmi les "trésors" de la Galerie que l'on pourra découvrir :
Une très belle vue de Rome par le fils du peintre Henri Martin : avec un jeu de clair-obscur et de matière digne d'un Corot qui aurait connu et assimilé le pointillisme ainsi que le meilleur de la technique expressionniste.
Enfin, dans la ligne des préoccupations illustratives de Loïc Madec (et des passions musicales du propriétaire des lieux) on pourra y admirer, entre autres, deux très rares gouaches de Fernand Léger : une maquette de décor pour David Triomphant (ballet de Rieti représenté à l’Opéra de Paris, dans une chorégraphie de Serge Lifar, en 1937), et celle que nous reproduisons ci-dessous : un costume de singe, pour le « Ballet nègre » la Création du Monde (créé en 1923 par les Ballets Suédois de Rolf de Maré sur une chorégraphie de Jean Börlin, une musique de D. Milhaud et un argument de Blaise Cendrars tiré de la cosmogonie mythique de l’Afrique Noire).
écouter l'entretien audio de P-E Prouvost d'Agostino avec Robert Peirce : http://lumiere101.com/2008/06/13/lopera-en-peintures-a-la-galerie-peirce/


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