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Jun042008

16:24:20
Croches & Anicroches

Oserais-je dire que beaucoup en rêvaient ? On pourra dire : Lumière 101 l’a fait…


Croches & Anicroches : voilà le titre de ces nouvelles chroniques, qui auront pour but (et vocation) de ne flatter personne sans raison, mais de nous fâcher avec le plus grand nombre de gens, j’espère, pour les bons motifs.

De quoi sera-t-il question ? D’abord de musique (je crois que le titre le laissait suggérer).

De musique, en effet…

Mesdames, Mères à genoux, et vous, Pères la pudeur, n’éloignez pas les jeunes filles… elles peuvent tout lire, et tout entendre… puisque de toute façon, elles jouent déjà (souvent fort mal) des choses dont les familles n’imaginent pas ce qu’il y a d’intentions derrière, et combien une première quinte lisztienne, ou septième wagnérienne (et je ne parle même pas des quartes et sixtes de Massenet, ou des « tierces alternées » de Debussy), peuvent avoir de biens plus pernicieux effets qu’un dépucelage !

Ah ! Me dira-t-on, ça y est : ça commence.


Oui.


Il y a toujours un moment, en d’autres lieux, où il est malséant d’aller au-delà du raisonnable. Mais qu’est-ce que le « raisonnable », quand il s’agit d’aimer ?


Or, contrairement à ce que l’on pourrait penser, la musique, c’est comme pour l’amour : s’y connaître n’enlève rien au plaisir… des gens très bien comme Casanova ou le Marquis de Sade eussent, j’en suis sûr, abondé dans mon sens…

On me rétorquera : il y en a qui aiment aveuglément, et cela leur suffit. Certes.

Tant mieux pour eux.

Mais en général, ces amants-là en oublient tout à fait de regarder l’objet d’amour, pour se payer d’un très facile contentement… Parfois même, ils épousent sans discernement… et ma foi, en ces cas là le divorce prend l’aspect du plus sûr sauvetage… Et, quant au désir, il en sort, hélas ! pour la suite, changé en ressentiment.

Cette affaire d’aveuglement « amoureux » (je suis désolé de ne pas trouver d’autre terme, le français, langue entre toutes intelligentes, n’a qu’un mot pour ça… que qui n’empêche pas toute la multiplicité des interprétations…) cette affaire donc, me rappelle la plaisanterie de Cocteau dans les Mariés de la Tour Eiffel, lorsque l’amateur de peinture, embobiné par le critique d’Art qui lui présente un nouveau chef d’œuvre de « l’expression moderne » lui rétorque : « Je vois, et je vous suis… les yeux fermés ».

L’amateurisme, au sens le plus noble du terme, c’est le métier de tous les artistes, - et tout commence par l’amateurisme, - puisque, en Art, tout commence (et peut être finit), par l’amour.


Mais redisons-le (on ne redit jamais assez les choses d’évidence) : le grand danger de l’amour de l’art, c’est qu’il rend parfois le mélomane sourd, l’amateur de peinture aveugle, - et qu’il fait cruellement, à tout un chacun, manquer du plus élémentaire discernement.


En cette affaire, - et cela posé -, quel devrait, quel doit être le rôle du critique, ou du « spécialiste » ? Consiste-t-il à noyer le poisson dans la sauce, ou à essayer, tant que faire se peut, de réussir une bonne pêche, - et de rejeter à l’eau ce qui n’est que menu fretin ?

Or la est le drame : au prétexte que l’Art serait, ou un domaine réservé, ou une sorte de sphère où tout serait permis, au prétexte qu’on y a désormais tout vu, et qu’on y a (hélas !) tout avalé (même des couleuvres taille constrictor), il semble convenu qu’on peut non seulement tout s’y permettre de faire, mais aussi de dire…

Soyons clair : les trois quarts des « spécialistes » qui prétendent parler musique n’étant pas capables de lire une clé de fa, ou d’Ut, leurs avis demeurent en général au ras du sol.

Ce qui importe, c’est de louer sans avoir assez de mots pour le dire quand c’est bon, - et de ne jamais se priver d’un bon mot sorti du plus mauvais esprit, quand cela mérite de demeurer dans les limbes.

Il est d’ailleurs à remarquer que, plus souvent que ne croient les adeptes de la « théorie du complot », c’est davantage l’ignorance que la pseudo « connivence » entre petits marquis du milieu qui fait des ravages.


Ignorance des « critiques »… ignorance du public… qui ne demande, contrairement à ces derniers (qui sucent la moelle de la cuisse de Jupiter) qu’à être éclairé, et qui, comme le dit un peu crûment un de mes amis : « prendrait très vite goût au caviar, si on cessait de lui faire avaler des œufs de lompe »…


Rousseau (pour une fois qu’il n’élucubrait pas en rêvant, la larme à l’œil et la main sur le cœur, au bon sauvage et au Bonheur universel et obligatoire passant par le raccourcissement des têtes), l’a déjà dit, une fois pour toutes à propos de Musique (où il faisait, ma foi, moins de dégâts qu’en « philosophie ») : « Le public Français est à la fois l’un des plus ignorants et l’un des plus prétentieux qui se puissent rencontrer en Europe ».


Ne parlons pas de l’opinion du divin Wolfgang, sur la réception que les parisiens réservèrent à sa Musique, lorsqu’il revint afin de tenter de l’intéresser avec de l’Art, et non plus avec des tours de petit singe.


J’excepte du lot (non sans le citer quand même) Wagner, qui avait à régler avec la France et avec l’Opéra de Paris, des comptes qui excédaient quelque peu désagréablement le champ de la stricte incompréhension musicale, - mais dont on peut comprendre la rancœur, devant l’accueil tout juste digne d’un chahut de classe maternelle que firent à son Tannhäuser, en 1861, des gens qui se prenaient (et passaient pour) la fleur de l’élite sociale et « intellectuelle » du temps.


On eût pu à cette occasion, d’ailleurs, proposer pour armes parlantes au Jockey Club (mais aussi, à une grande partie de l’Ordre des Critiques Musicaux… - armes toujours aussi expressives, un siècle et demi après l’affaire), un sifflet et un bonnet d’âne sur champ d’obscurité de vues et de sourde, autant que pédantesque incompétence.




On s’en doutera donc, ces Croches & Anicroches ne prendront de pincettes ni dans l’éloge, ni dans la détestation.


Un peu de mauvaise foi ne messied pas aux grandes et sincères dévotions… elle aide même, nous en sommes convaincus, à ce que celles-ci ne sombrent pas dans le péché mortel d’idolâtrie.


Il y a, certes, des idolâtries qui se dépensent pour de fort respectables idoles. Mais le plus souvent, elles n’ont que le mauvais effet de chercher à nous embobiner dans des cultes et des culs-de-sac critiquables, et à nous tromper sur la marchandise.


Seuls les faux dieux (sachant bien ce qu’ils font) réclament qu’on brouille les cartes et les contours de la réalité en brûlant autour d’eux de superlatives quantités d’encens, - et de la plus fumeuse qualité, au reste.


Le « Monsieur Croche » de Debussy avait l’humble prétention d’être « anti-dilettante ». C'est-à-dire, non de laisser le plaisir à la porte (rappelons que le définition de la musique par Debussy est une des plus belles que je sache : « La Musique doit humblement chercher à faire plaisir ») mais d’affirmer, comme Renoir à propos de peinture que « l’intelligence… c'est-à-dire, la connaissance du sujet au-delà même de ses moindres détails… n’a jamais gâché le Génie, bien au contraire. »


Nous pourrions même ajouter, à un plan qui n’est pas si éloigné de l’Art que le pensent les sots, ou les ignorants, qu’il en va de même avec la Foi, - et que l’Amour de Dieu en toutes choses où il se manifeste, n’est en rien entaché pas la connaissance des causes et des fins qu’on en a, ou qu’on en peut, tout au long d’une vie, s’efforcer d’acquérir, ou d'entrevoir.


Le plaisir, certes – et peut-être, dieu merci ! avant tout -, mais, malgré ce qu’en dit Eschyle qui prétendait que « le divin est sans effort », au prix de combien de travail, de sueur, de renoncement et de savoir durement acquis, - dont la suprême élégance, au bout du compte, consiste à ce que ni le labeur, ni la sueur, ni les larmes ne se voient à l’œil nu !

Antidilettante… c’est là, me dira-t-on, une position bien insultante pour Stendhal, - pour ne citer que les meilleurs – lui qui revendiquait le droit d’aimer et de parler musique, sans rien y entendre, que des roucoulades rossiniennes, propres à le distraire ou à l’enthousiasmer, entre deux sorbets et deux amours transies pour des comtesses italiennes –en général, postiches -, dans les loges du San Carlo de Naples, ou de la Scala de Milan…


Mais Stendhal (qui eût mieux fait de ne pas en parler) eût manqué à notre intelligence à tous, s’il n’avait pas eu la prétention d’écrire son Rossini… non qu’il en ait dit des sottises – et c’est même tout le contraire… Malheureusement, il a, par son inimitable exemple (comme d’ailleurs le Balzac de Gambara), encouragé un tas de gens qui n’avaient rien à y faire à s’en mêler…

Il y a en effet des cas très singuliers de génie universel, qui parviennent à pénétrer ce qu’ils ne connaissent pas, qui (par quelle Grâce du Ciel ?) l’entendent mieux que beaucoup de spécialistes, et savent tout cela mieux que ceux-ci, qui connaissent pourtant toutes leurs notes sur le bout du doigt… mais ne comprennent rien à la Musique…

Du moins, le plus grand de nos ancêtres (avec Stendhal) en matière de littérature musicale… et, (n’ayons pas peur des mots qui ne fâcheront que les cuistres), en fait de « musicologie » et de « critique», je veux parler du seul grand Charles de France (après Charles V, peut-être ?… mais Charles d’Orléans plus certainement) : Charles Baudelaire s’excusait (avec toute la pudeur du Génie) de « n’y rien connaître en Musique », en préambule d’une célèbre lettre à Richard Wagner, dont la teneur et le contenu feront dire à ce dernier – et ce jusqu’à sa mort -, que « jamais il n’aurait cru que quiconque, et de surcroît Français, n’eût aussi fraternellement pénétré et compris son œuvre ».


Cela dit : je ne conseille à personne de s’en croire autorisé.


Pour ne pas être musicien, et entendre aussi bien la Musique, il fallait être Baudelaire. Le specimen est rare. Voire unique.


Nous allons donc nous amuser et nous ébattre dans le champ dit : « musical »… sans renoncer jamais – nous l’espérons - à divertir.


L’Art est un sujet trop sérieux pour qu’on ennuie les foules avec sa gravité – et en y ajoutant, en sus, une gravité superfétatoire…


Mais l’Art est un sujet qui vaut néanmoins d’être pris au sérieux… avec tout ce que cela comporte d’intelligence, de philosophie – c'est-à-dire, d’humour et d’amour, chez le lecteur, le spectateur, l’auditeur… comme chez (l’horrible mot !) : le Critique…


Un autre grand « entendeur » - et bon entendeur » de musique – Friedrich Nietzsche, n’a-t-il pas recommandé (ce que ceux qui se réclament abusivement de lui devraient lire, ou méditer à deux fois) que les « grandes et graves idées marchent, légères, comme sur des pattes de colombe » ?

Cela dit, le public est parfois un enfant en très bas âge, à qui on ne saurait se priver, parfois, par simple mesure de prudence, - et pour prévenir toute incontinence d’enthousiasme emprunté, toute intempestive fuite d’admiration inutile ou de dilection déplacée, d’en rajouter une couche


                       


NB : On retrouvera donc sur ce Blog (je pense qu’on l’aura compris), en plus des autres articles qui y figureront, les versions écrites des Croches & Anicroches que nous aurons le plaisir de produire, désormais de façon régulière, en version audio, sur : www.lumiere101.com.


Ce sera d’ailleurs l’occasion de donner à ces « mouvements d’humeur musicale » un prolongement plus « musicologique » (je m’excuse du terme), que ne permettra pas toujours leur destination première, qui est de chroniquer l’actualité du PMF (« paysage musical français »)… mais qui se propose, Dieu merci, aussi (qu’on se rassure !), d’aller pêcher l’actualité sous des horizons plus élargis, en dehors des étroites frontières de ce tout, tout petit territoire de notre musique « nationale », où la chute d’un soupir ou d’un bécarre finit par passer (tant il s’y passe peu de choses) pour un fortissimo berliozien d’ophicléides, et le moindre pet de mouche par se prendre pour les trompettes d'Aïda.



version audio du présent article :
http://lumiere101.com/2008/05/30/croches-anicroches-presentation/

Lien permanent vers l'article complet

http://pepagostino.nouveaublog.net/Blog-en-ligne-b1/Croches-Anicroches-b1-p11769.htm

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